Eté 2016. Je vis en famille le road-trip de mes rêves : un périple de 3 semaines jusqu’aux îles Lofoten (Norvège), au départ de la région parisienne. C’est la 3ème année que nous faisons le trajet en voiture jusqu’en Scandinavie. Mais c’est la 1ère fois que nous montons si haut, au-delà du cercle polaire.


Une manière originale de voyager

En réalisant cette boucle, nous relevons un défi familial : créer un voyage qui nous ressemble, respecte le rythme et les aspirations de chacun. Une parenthèse inspirante, ponctuée d’activités pédagogiques adaptées à notre fils de 5 ans, à qui je fais l’école à la maison.


Et si le voyage devenait notre mode de vie ?

Nous sommes aux 2/3 de l’aventure quand vient le déclic. Derrière nous : Kiruna (Suède) et sa station spatiale. Devant nous, Rovaniemi (Finlande), où nous attend le « vrai » Père Noël. Entre les deux, un tronçon de 5h. Une route bordée de pins à perte de vue. Et une nécessité : rester vigilants pour éviter les rennes susceptibles de traverser la route.

À l’arrière, Raphaël joue avec les panneaux signalitiques miniatures qui l’accompagnent pendant nos étés insolites. Pour rompre la monotonie du trajet, nous revoyons ensemble les meilleurs moments du voyage : le petit train de Flam sinuant dans les fjords, notre expérience de simulation d’avion à Bodo et cette partie de pêche en plein soleil de minuit avec Hervé, un Français voyageant en fourgon aménagé.

Tout en échangeant sur son mode de vie pour le moins étrange, nous commençons à en dresser les contours : le pourquoi, le comment, la pertinence et la faisabilité. Et de fil en aiguille, l’idée s’insinue : et si nous aussi nous prolongions l’expérience et faisions de notre vie un été sans fin ?


Les contours d’une vie différente, qui nous ressemble

Perdus sur cette route de Laponie, nos idées fusent. Nous parlons aspirations profondes, projet de vie et reconversion professionnelle. Étrangement, la zone géographique à explorer importe peu. Nous ne sommes pas de grands voyageurs, juste des baroudeurs. Que nous allions ici ou là, ce qui nous attire, c’est un mode de vie plus qu’une culture en particulier. C’est apprendre en voyageant. Se mettre en mouvement. Se laisser transformer. D’emblée, notre projet est axé sur l’initiation par un mode de vie alternatif.

Néanmoins, la question matérielle est fondamentale. Après quelques semaines de réflexions et de recherches, mon mari se décide pour une reconversion dans le développement web. Il voit dans le code une nouvelle langue à maîtriser et s’immerge à 200% dans cet apprentissage, tout en continuant d’exercer comme enseignant de philosophie.


Le passage du projet à sa matérialisation

Les mois passent. Levé tôt, il enchaîne les modules de formation sur Open Class Room et fait un stage dans l’entreprise de son collègue informaticien à l’école.

Mais concrètement, le quotidien se poursuit : périph, boulot, dodo pour lui, avec l’élément formation qui prend certes une place conséquente mais reste à l’état de passion. De mon côté, je priorise et passe cette année scolaire à transmettre à Raphaël les fondamentaux du cycle 2, pour lui faire prendre de l’avance en vue d’un éventuel changement de vie. Je prépare des supports pédagogiques pour une vie nomade. Mais le quotidien l’emporte sur l’inspiration.

Il faudra un entretien professionnel annuel de mon côté pour qu’au mois de mai, nous sautions le pas. Depuis quelques années, j’ai interrompu mon travail de journaliste pour prendre la responsabilité d’un foyer d’étudiants, afin d’être plus disponible pour mon enfant en journée. Mais aujourd’hui, le cœur n’y est plus tout à fait.  Nous décidons qu’il est temps de passer à la vitesse supérieure en négociant mon départ. 

Dès lors, tout s’enchaîne : annonce à notre entourage, choix de la destination (l’Asie), réservation des billets et des premiers logements, vente de toutes nos affaires, démarches administratives (passeports, domiciliation chez mes parents). Nos 3 mois d’été filent comme 1 jour, et quand je m’arrête, le 7 septembre 2017, à la veille de notre départ, j’ai déjà l’impression de m’être perdue alors que je suis encore chez moi.


À suivre : Nos 6 premiers mois de vie nomade, entre euphorie et dispersion