Pendant des mois, tu as foncé. Ton objectif : préparer ton installation à l'étranger.
Et ce défi, tu l'as relevé !
Mais maintenant que ta nouvelle vie a commencé, tu as peut-être le sentiment que ton corps et ton esprit ne parviennent pas à s'adapter.
Dans cet article, je voudrais t'expliquer pourquoi tu te sens dépassée. Mais aussi te rassurer : non, tu n'as rien loupé, c'est juste que tu es à la fois en train de te relâcher et d'intégrer ce qui est en train de t'arriver.
Le mythe de la mobilité facile
Dans The Global Soul, Pico Iyer, journaliste-essayiste et écrivain voyageur, questionne cette facilité avec laquelle on peut désormais se déplacer.
Aujourd'hui tu peux, dans la même journée, réserver un vol, partir et être déjà arrivée.
Par exemple, dans notre vie nomade, j'ai parfois réservé un vol du jour pour le lendemain, ou à peu près. Et nous sommes passés en une nuit de l'automne pluvieux japonais au printemps néo-zélandais.
Cette facilité technique et cette rapidité à bouger donnent l'impression que l'adaptation, elle aussi, devrait pouvoir se vivre sur le mode de l'efficacité.
Or c'est une illusion. Et elle peut contribuer à te miner.
Ton corps a sa propre temporalité
La réalité, c'est que ce n'est pas parce qu'en quelques heures, ton corps a été transporté à l'étranger, qu'il va instantanément intégrer ce qui vient de se passer :
- ce déluge de perceptions qui viennent s'imprimer dès ton arrivée : des odeurs, des sons, une certaine luminosité ;
- les changements d'heure, de milieu, de climat, de saison parfois ;
- tous ces détails concrets que tu dois capter en direct, juste pour pouvoir t'orienter.
C’est normal que tu aies besoin de temps pour intégrer : tout est neuf et le moindre détail vient s'ajouter à une pile d'autres que tu n’as pas encore eu le temps d'explorer.
Ralentir, c'est donc parfois la manière qu'a ton corps d'avancer malgré cette surenchère de nouveautés.
Tout l'enjeu est d'accepter ce qui est en train de se passer, même si ça vient te perturber et te frustrer.
Plusieurs manières de manifester ce besoin d'intégrer
Cette phase de ralentissement, c'est une période pendant laquelle ton corps fait deux choses vitales : décompresser et s'approprier toutes les nouveautés.
Mais cette phase peut surgir dès l'arrivée ou bien en décalé.
Certaines femmes la vivent dès qu'elles ont pu se poser, que l'école a commencé et que tout semble à peu près cadré. Elles prennent alors soin d'elles, elles cherchent des manières de se relaxer et de se connecter.
D'autres la vivent des mois après, comme si leur esprit était resté dans un « au cas où » qui les empêchait de se relâcher. Il arrive alors qu'elles le manifestent de manière détournée. Tomber malade, par exemple, les force à lever le pied. Ou bien elles se sentent soudain très diminuées, accablées à l'idée d'avoir encore à faire, à donner, alors que leur instinct les pousse à hiberner.
Le ralentissement semble alors exprimer le trop plein qui semble déborder : « Je ne peux plus, je ne sais plus : par où dois-je vraiment commencer ? Ce détail-là : est-ce un devoir ou puis-je m'offrir le luxe de le mettre de côté ? »
C'est comme si leurs repères intérieurs étaient brouillés.
Chacune a sa manière de s'adapter
Dans ce contexte, c’est important de rappeler qu'il y a plein de facteurs qui font que chaque femme va avoir sa propre manière de vivre cette réalité.
Ces facteurs touchent au caractère. À la phase de vie qu'on est en train de traverser. À la composition du foyer. Aux personnes sur lesquelles on peut ou non compter pour nous aider concrètement et nous confier. À l'accueil qui nous est réservé. Tant d'éléments qui peuvent tout changer.
L’expérience passée et le lieu dans lequel on arrive vont aussi évidemment compter, ainsi que celui qu'on vient de quitter et tous ceux qu’on peut convoquer en miroir pour se repérer. Car une installation à l’étranger vient toujours s’inscrire en comparaison d’environnements qui nous étaient devenus familiers.
Par exemple, quand nous sommes arrivés en Égypte, en 2021, nous venions du Vietnam. Or nous avions cru comprendre que l'Égypte était un pays plus développé. Nous sommes donc tombés des nues en prenant conscience du décalage entre nos conceptions et la réalité — un décalage qui était directement lié à de fausses idées mais aussi au lieu que nous venions de quitter.
Et ce n'est pas qu'une impression. Le psychologue John Berry, qui a construit toute sa théorie de l'acculturation à partir de sa propre trajectoire d'expatrié, a identifié ces mêmes variables comme déterminantes dans la façon dont chacune vit son installation.
Il n’existe pas de calendrier universel qui te dise exactement quand tu seras adaptée. Il y a seulement celui que tu te crées.
Ce que tu peux faire
C'est justement quand l'énergie semble te manquer qu'il peut devenir pertinent de faire appel à d'autres formes d'activités. Non plus organiser, planifier, être dans le « faire », quitte à tout cumuler. Mais juste souffler, être là et observer.
- ce que tu as fait d'abord, par catégories, par listes, juste pour le noter, le conscientiser et pouvoir sincèrement te dire : « J'ai fait en quelques mois ce qui aurait pu prendre des années, et franchement, à ma mesure, j'ai super bien géré. »
- ce que tu as laissé de côté, parce que ce n'était pas la priorité, pour pouvoir y revenir, maintenant que le plus gros est passé. C'est l'heure de revoir ce qui compte vraiment, et de passer du temps avec ce que tu ressens ;
- le déroulé aussi, parce que rembobiner te permet de t'observer, de t'apaiser et de commencer à inscrire ce rush dans une continuité.
Tu vas voir : ce moment à l'écart, tranquille, c'est comme un signal que tu envoies à ton cerveau : tu lui donnes une direction, tu l'invites à regarder ce qui s'est passé et comment tu l'as traversé. Et c'est ça qui peut commencer à tout changer. Car tu vas enfin commencer à te reconnecter à ce qui vient de t'arriver.

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